Les badges sont bien plus que de simples gadgets

En plus d’attester de la réussite d’une formation menée jusqu’au bout, la plateforme Solerni intègre un système de badges permettant de marquer la progression des inscrits tout au long de leur apprentissage. Ce système qui était jusqu’alors cantonné à l’univers du jeu vidéo et à certaines applications sociales prend progressivement de l’importance au sein des cours en ligne massifs. Décryptage en 5 points d’un phénomène qui est en train de monter dans le monde du travail et qui va permettre aux RH de capter des données supplémentaires.

visuel-badgesDes scouts aux Moocs

Si on l’associe souvent à la gamification des cours collaboratifs en ligne, il ne faut pas oublier que le système de badges est plus que centenaire. En effet, il remonte à la création du scoutisme par le général Baden Powel en 1907. Depuis, ces insignes en tissu cousus à même les vêtements permettent de prouver l’acquisition d’une compétence spécifique comme le tir à l’arc ou la construction de canoë. Le système permet aussi de marquer sa progression et son expérience au fil des ans au sein des scouts. Plusieurs dizaines d’années plus tard, le même système a été remis au goût du jour avec le développement des plateformes sociales liées aux jeux vidéo. Ainsi, à partir de 2005, la plateforme Gamescore de Microsoft intègre des « achievements » (réussite en anglais) qui sont débloqués en fonction des actions des joueurs (tuer un certain nombre d’ennemis, trouver des secrets…). A partir de 2009, le système sort du milieu gamer et se fait connaître auprès du grand public grâce à l’application Foursquare. Ce réseau social basé sur la géolocalisation récompensait ses utilisateurs avec un badge à chaque fois qu’ils se connectaient dans un endroit différent.

Un badge numérique c’est quoi ?

A la différence des bouts de tissu des scouts, les badges modernes sont purement numériques. Concrètement, il s’agit d’une image accompagnée d’un bout de code informatique comprenant des méta données comme la date d’émission, les compétences atteintes et la référence d’authentification. On peut aussi y trouver le nom du possesseur, le contexte d’obtention, le nom de l’organisme ou de l’entreprise qui le délivre et même un lien vers des dossiers de preuves. Une fois obtenus, il est possible d’afficher les badges sur un CV, une pratique qui est encore rare, ou bien de les stocker sur un espace en ligne qui reconnaît leur authenticité comme le backpack de Mozilla.

Quels sont leurs intérêts pour les apprenants ?

En aucun cas, les badges ne remplacent un diplôme. Cependant, ils peuvent être vus comme un outil alternatif permettant de prouver des compétences et des connaissances apprises en plus de la formation initiale. D’après Gilles Babinet, responsable des enjeux de l’économie numérique pour la France auprès de la Commission européenne, “la visualisation d’un ensemble de badges permet de saisir immédiatement toute la richesse d’un profil”. Pour Christine Vaufrey, pédagogue spécialiste des Moocs, le système de badges permet aussi de « souligner les apprentissages que l’on fait par soi-même au fil de notre expérience et qui ne sont pas forcément explicités par un diplôme. » Dans le cadre des cours massif en ligne, ils peuvent accompagner de manière symbolique l’acquisition d’une connaissance mais aussi de manière plus tangible, la validation d’une compétence précise reconnue par les pairs et qui demande plus d’effort pour être obtenue. Cependant, leur fonction est bien plus variée. Les badges peuvent être donnés en guise de certificats de fin de formation mais aussi servir de marqueur d’efficacité et de rendement quand par exemple un apprenant enchaîne les exercices et les résout rapidement. Certains Moocs utilisent aussi les badges pour souligner des compétences sociales quand les inscrits participent aux discussions sur les forums ou s’investissent dans la communauté. En bref ils sont une opportunité pour les services RH qui souhaitent avoir un aperçu quantifié des informations comportementales des candidats.

Les badges, un atout pédagogique

On le sait depuis longtemps, apprendre en s’amusant est plus efficace mais aussi plus stimulant. Comme dans un jeu vidéo, les badges peuvent donc servir pour marquer la progression des inscrits. Qu’ils suivent l’intégralité du cours ou qu’ils butinent le savoir d’une semaine à l’autre. « Certains Moocs proposent parfois beaucoup d’exercices répétitifs » explique Christine Vaufrey « Avec un système de badges qui changent de couleur en fonction du nombre d’exercices que vous réussissez, vous rendez visible la progression des apprenants. Ça n’a l’air de rien comme ça mais c’est très apprécié des inscrits qui voient leurs efforts récompensés en cours de route. » D’un point de vue pédagogique, les badges sont un atout indispensable pour les apprenants mais aussi pour les organismes ou entreprises qui sont à l’origine du Mooc. En valorisant l’effort, ils boostent la motivation des inscrits et permettent de lutter efficacement contre les décrochages en cours de route. Dans le cadre d’un dispositif de formation professionnel collaboratif en ligne, ces badges ont encore plus d’importance car ils valorisent les salariés tout au long de leur formation sur ce qu’il savent plutôt que sur ce qu’ils ne savent pas.

Quelle place pour le badge à l’avenir ?

Encore rare sur de nombreux Moocs, le système de badges est de plus en plus intégré aux plateformes. Au sein des grandes entreprises ou des organismes publics comme Disney, Intel ou la Nasa, les compétences acquises en interne sont aussi récompensées par des badges. Ce sont les fameux badges de compétences qui soulignent l’acquisition et la maîtrise d’un savoir particulier qui est reconnu par des pairs. Chargé d’une véritable valeur, ils peuvent être mis en avant sur un CV et même sur le réseau social professionnel Linkedln, qui intègre une option permettant de rendre visibles les badges accumulés. Bref, la progression de ce système est indéniable et risque bien de changer la manière dont on juge des capacités d’un candidat ou d’un salarié. Il reste cependant quelques étapes avant que ce système soit parfaitement accepté. A l’heure actuelle, n’importe quel organisme peut émettre des badges et leur valeur se base sur le sérieux et la crédibilité de la société émettrice. Mais des solutions sont déjà en train d’émerger. Certaines entreprises proposent ainsi de prouver la crédibilité des badges et des compétences qui les accompagnent en leur adjoignant des certificats de preuves issues des données des Moocs.