L’apprentissage croisé : la tendance de demain ?

head-776684_1920_1

En décembre 2015, les chercheurs de l’Open University, université à distance du Royaume-Uni, ont publié la 4ème édition de leur rapport annuel « Innovating pedagogy ». Cette publication a pour objectif de décrire les principales tendances qui vont impacter nos manières d’apprendre et d’enseigner dans les années à venir. Parmi les tendances les plus fortes mises en avant dans la dernière édition : le « crossover learning », ou apprentissage croisé. Pour les chercheurs de l’Open University, cette tendance aura un impact « fort » dans le domaine de la pédagogie à l’horizon de 2 à 5 ans.

De quoi parle-t-on ?

L’apprentissage croisé désigne la connexion entre les connaissances « formelles » apprises en cours, et les apprentissages informels de la vie de tous les jours, acquis lors d’activités personnelles, culturelles, de loisirs, ou lors de stages.

En effet, selon le site Knowledge Jump, les apprentissages peuvent résulter de scénarios variés :

  • l’apprentissage peut être formel ou informel, selon le fait que les objectifs de l’apprentissage soient déterminés par l’institution dans le premier cas, ou par l’apprenant dans le second cas.
  • l’apprentissage peut également être soit intentionnel, soit fortuit : dans un cas, l’apprenant ou l’institution définissent des connaissances, compétences et savoir faire précis à acquérir. Dans le second, en revanche, l’apprenant n’a pas d’objectifs conscients d’apprentissage.

Si la notion d’apprentissage informel, qu’il soit intentionnel ou fortuit, est reconnue depuis longtemps, le développement du numérique contribue à multiplier les opportunités de développement de connaissances et compétences. Les nouvelles technologies et applications, tel que Pinterest ou le plateforme de microblogging Tumblr, permettent par exemple de développer des compétences autour de la curation de contenus et de la construction d’éléments de preuves. Les réseaux sociaux sont également des lieux d’apprentissage informel, offrant la possibilité aux participants de partager et commencer collectivement des informations.

Quelles conséquences pour les dispositifs d’apprentissage ?
Inventer de nouveaux scénarios d’apprentissage

La reconnaissance accrue des apprentissages informels est une opportunité pour les pédagogues de réfléchir à des expériences hors des salles de cours. Ainsi, un professeur peut emmener ses élèves au musée pour approfondir des sujets vus en classe, ou imaginer des exercices pratiques plus éloignés du cursus pratique. Ainsi, un professeur de Littérature Américaine aux Etats-Unis a testé une approche « crossover learning » en demandant à ses étudiants de fabriquer leurs propres chaises. Résultats : ces derniers ont développé, outre des savoir-faire en bricolage, des compétences moins directes autour de la résolution de problèmes, de la communication et de la collaboration.

Dans le cadre des dispositifs d’apprentissage numérique, les enseignements en ligne peuvent également être couplés avec des moments d’approfondissement dans la vie réelle. Ainsi, en fin d’année 2015, Solerni et la réunion des musées nationaux Grand Palais s’étaient associés pour proposer un MOOC sur Picasso en complément d’une exposition au Grand Palais. Cela permettait aux participants au MOOC et visiteurs de l’exposition d’enrichir et de confronter leurs connaissances théoriques avec des éléments concrets.

Autre possibilité pour les pédagogues : développer les espaces d’échanges informels entre apprenants, qu’ils s’agissent de groupes de discussion « physiques », ou de lieux d’échanges en ligne (réseaux sociaux, forums…).

Réfléchir à l’évaluation des apprentissages informels

L’autre question qu’amène à se poser la tendance de l’apprentissage croisé est la manière d’évaluer et de reconnaître ces apprentissages. En effet, si l’évaluation des savoirs théoriques est une pratique bien ancrée dans les parcours scolaires et professionnels, plus dur est d’évaluer les connaissances, compétences et savoir-faire acquis en dehors des canaux habituels ! Cela nécessite notamment d’organiser des temps de réflexion pour permettre aux apprenants de réfléchir aux savoir-faire et compétences qu’ils ont acquis hors de la structure d’apprentissage. Les évaluations doivent également s’orienter davantage sur la capacité de l’apprenant à atteindre des objectifs donnés, grâce à ses compétences et savoir faire, plutôt que sur l’acquisition d’un volume de connaissances donnés. Les badges, qui sont déjà employés pour certifier les apprentissages en ligne, sont de bons outils pour valider les acquis informels.

Les théoriciens de l’apprentissage, les pédagogues et les établissements éducatifs ont ainsi déjà commencé à réfléchir autour des dispositifs d’apprentissage croisé et de leur évaluation. Une attention particulière devra donc être portée sur les dispositifs qui émergent dans les années à venir !

A la semaine prochaine, bonne lecture !

Pour en savoir plus